Pourquoi votre chien fait-il semblant de ne pas vous entendre ?

par Francine Morin

Votre chien a un bon rappel, mais parfois quand vous dites « viens », il semble ne plus vous entendre? Comprenez pourquoi cela arrive et comment renforcer votre viens pour qu’il fonctionne dans toutes les situations.
Pratiquer le viens avec son chien 3

Laissez-moi vous parler de Garçon.

Garçon, c’est mon berger australien. Un amour de chien, vraiment ! Il est doux, intelligent, affectueux. Sauf que Garçon a une mission dans la vie : surveiller le terrain. Il fait sa ronde, l’oeil vif, le nez au vent, les oreilles dressées. C’est un policier. Son terrain, c’est son royaume. Et si par malheur un écureuil décide de traverser ou qu’un vélo passe dans la rue… là, je n’existe vraiment plus. Je pourrais crier son nom dix fois, danser sur place, rien à faire. Sa Majesté a des affaires urgentes à régler.

L’autre jour, je l’appelle. «Garçon, viens !» Rien. Je l’appelle encore. Toujours rien. Mais je vois ses oreilles qui bougent, légèrement, dans ma direction. Il m’a entendue. J’en suis certaine. Pourtant, il reste planté là, le regard fixé sur la clôture,
comme si je n’existais tout simplement plus.

Et je vous avoue quelque chose : même moi, éducatrice canine avec des années de métier et quatre chiens à la maison, j’ai eu envie de soupirer. Parce que oui, ça arrive à tout le monde.

Alors aujourd’hui, je veux vous expliquer ce qui se passe vraiment dans la tête de votre chien quand il «fait semblant» de ne pas vous entendre. Et surtout, je veux vous donner des clés pour changer ça.

Première chose à savoir : il vous entend vraiment

Les chiens ont une ouïe bien supérieure à la nôtre. Ils peuvent percevoir des sons à des fréquences deux à trois fois plus levées que les humains, et détecter un bruit à quatre fois plus grande distance. Quand Garçon bouge les oreilles vers moi, ce n’est pas un hasard, c’est la preuve qu’il a capté mon appel.

Donc non, votre chien n’est (probablement) pas sourd. Si vous avez un doute, surtout chez un chien plus âgé, votre vétérinaire peut faire un bilan. Mais dans la grande majorité des cas, le problème n’est pas l’ouïe. C’est la motivation. Ce que votre chien calcule (oui, oui, il calcule).

Les chiens ont le sens des priorités, cela veut dire les leurs. À chaque instant, leur cerveau fait un rapide calcul coût-bénéfice : est-ce que répondre à cet appel vaut la peine d’interrompre ce que je fais ?

Pour Garçon en pleine ronde de surveillance, la réponse est clairement non. Sa mission est trop importante. L’environnement lui offre quelque chose de bien plus stimulant que ce que je lui propose en ce moment.

Ce n’est pas de la mauvaise volonté. Ce n’est pas de la désobéissance. C’est juste que, de son point de vue, la concurrence est trop forte. Et devine quoi ? C’est à nous de changer ça.

Apprendre «viens» à la maison, ce n’est pas apprendre « viens» partout.

C’est une chose que je répète souvent en éducation : un exercice appris dans un contexte calme ne se transfère pas automatiquement dans un contexte stimulant. Garçon connaît parfaitement le «viens» dans la maison, dans le couloir, dans la cuisine. Mais dehors, en mission… c’est une autre histoire.

Pour votre chien, «viens» au salon et «viens» au milieu du parc, c’est presque deux demandes différentes. Il faut donc pratiquer partout, dans des environnements de plus en plus distrayants, petit à petit.

Mes 5 conseils pour qu’il vous écoute vraiment

Voilà ce que je mets en place, autant avec mes quatre chiens qu’avec les familles que j’accompagne :

Ne répétez pas son nom à l’infini. Plus vous répétez son nom sans résultat, plus votre chien apprend à l’ignorer. Dites-le une seule fois, attendez, puis passez à l’action.

Rendez le retour vers vous tellement extraordinaire. Friandises, jeu, caresses enthousiastes : chaque fois qu’il revient sur rappel, c’est la fête. Il doit associer «venir» à quelque chose d’absolument génial.

Ne l’appelez jamais pour le gronder. Si votre chien revient et reçoit une réaction négative, il apprendra très vite que répondre au rappel n’est pas une bonne idée. Réservez toujours ce moment à quelque chose de positif.

Augmentez le niveau de difficulté progressivement. Maison, jardin, rue calme, parc animé : travaillez le rappel comme des étapes. Ne brûlez pas les étapes, surtout si votre chien est du genre à être facilement distrait (oui Garçon, je parle de toi).

Soyez plus intéressant.e que l’environnement. Variez les récompenses, jouez avec lui en balade, interpellez-le spontanément pour des petits exercices. Vous devez devenir une source de fun et de surprises, pas juste la personne qui rappelle pour rentrer.

Garçon fait toujours sa ronde, je vous l’ai dit, c’est ma police. C’est surtout dans sa nature de berger australien, et franchement, je l’adore car il a tellement de belles qualités. Mais avec du travail, de la constance et beaucoup de poulet (son talon d’Achille absolu), il apprend que ma voix vaut la peine d’interrompre même la plus importante des missions.

Si votre chien vous ignore, ne le prenez pas personnellement. Prenez ça comme une invitation à devenir encore plus intéressant·e à ses yeux. Et croyez-moi, quand ça clique, c’est l’une des plus belles sensations qu’on puisse vivre avec son chien.

Profitez de chaque moment avec votre meilleur ami, c’est un beau cadeau de la vie.

Francine Morin

Intervenante en comportement canin
Compagnons comportement animal
Je suis une intervenante en comportement canin en formation continue depuis 2010. Un de mes objectifs est d’aider les humains à bien comprendre leurs animaux en établissant avec eux une relation harmonieuse basée sur la confiance, la communication, le plaisir et le respect.

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