Vivre avec un chien réactif : entre défis, patience et espoir

par Marie-Josée Damico

Réactivité canine Éducatrice canine 3

Nous avons le bonheur de collaborer avec Noémie Richard dans le cadre de nos activités marketing. Propriétaire de l’entreprise Les pattes de l’espoir, Noémie est intervenante en comportement canin et promeneuse canine. Passionnée par les chiens de berger, les tours de fantaisie et l’entraînement des chiens d’assistance, elle s’est inspirée de son vécu avec son propre chien pour développer une expertise auprès des chiens réactifs.

Elle nous a accordé une entrevue où nous avons discuté de la réalité souvent méconnue des propriétaires de chiens réactifs, de l’importance du lien de confiance… et de l’espoir qu’il est possible de retrouver malgré les difficultés.

Une passion née très jeune

Peux-tu nous parler un peu de ton parcours et de ce qui t’a amenée à travailler avec les chiens?

Depuis que je suis jeune, mon plus grand rêve a toujours été d’avoir un chien. Chaque fois que j’avais un voeu à faire, c’était ce que je souhaitais! Comme mes parents ne voulaient pas de chien à la maison, j’offrais à mon entourage d’aller promener leurs chiens.

Vers l’âge de 13 ans, j’ai commencé à offrir mes services de promenade canine. Puis, à peu près à la même époque, mes parents ont finalement accepté d’adopter un chien : un chihuahua. La condition? Que j’en sois responsable.

Et je m’en suis réellement occupée! Je l’amenais faire du vélo, de la trottinette, du paddleboard, du camping… C’était aussi ma première expérience d’entraînement. En regardant des vidéos sur l’éducation canine, je lui apprenais des tours de fantaisie et j’avais énormément de plaisir.

Mais comme j’étais jeune et que c’était ma première expérience, j’ai aussi fait certaines erreurs.

Par exemple, à l’époque, je pensais que socialiser un chien voulait dire lui faire rencontrer le plus de gens possible et accepter toutes les interactions pour “l’habituer”. Il a finalement vécu plusieurs expériences moins positives et a développé de la réactivité.

C’est ce chien-là qui m’a donné envie de m’intéresser au comportement canin et de devenir éducatrice canine.

Malheureusement, il est décédé très jeune à la suite d’un accident. J’ai ensuite passé quelques années sans chien, mais je me suis énormément investie auprès du chien réactif d’une amie : un golden retriever de 90 livres.

« C’était une expérience complètement différente de mon petit chihuahua. Quand il tirait… il tirait vraiment! »

Puis Atlas, mon berger australien, est entré dans ma vie alors qu’il avait un an. À l’époque, je terminais mon secondaire et je n’avais pas encore toutes les connaissances que j’ai aujourd’hui.

Il a développé progressivement de la réactivité et je n’ai pas su reconnaître les signes dès le départ. Mais vivre avec lui m’a énormément appris, parce que la réactivité peut être complexe à gérer au quotidien.

J’ai développé mes compétences en complétant l’AEP en comportement canin, en suivant différentes formations complémentaires et en faisant beaucoup de lectures.

Vivre avec un chien réactif au quotidien

Tu vis toi-même avec un chien réactif. Peux-tu nous raconter votre histoire?

Atlas Les pattes de espoir
Atlas, le chien de Noémie

La réactivité d’Atlas s’est installée graduellement. Au début, je remarquais qu’il était moins à l’aise avec certains hommes ou avec certains mouvements, comme lorsque les gens se penchaient vers lui.

Je me souviens particulièrement de sa première visite chez le vétérinaire avec moi. J’ai été prise au dépourvu : il était extrêmement stressé et a réagi fortement envers les employés de la clinique.

Ses réactions ont ensuite augmenté avec les inconnus, jusqu’à ce qu’il y ait deux cas où il a tenté de mordre des visiteurs à la maison. C’est à ce moment-là que j’ai compris que ce n’était plus des réactions isolées.

J’ai commencé par lui acheter une muselière sur mesure afin d’assurer la sécurité de tous, lors des visites chez le vétérinaire et lors de certaines rencontres avec des étrangers.

Avec beaucoup d’entraînement, de patience et une bonne gestion de l’environnement, les choses se sont grandement améliorées. 

Aujourd’hui, Atlas est capable d’ignorer les inconnus lors des promenades. Nous travaillons encore la rencontre d’inconnu à l’intérieur, il s’améliore continuellement. Je suis très fière de lui et il m’étonne tout les jours par ses progrès!

Qu’est-ce que ton chien t’a appris que tu n’aurais peut-être jamais appris autrement?

Atlas m’a appris énormément de choses.

D’abord, il m’a appris à être alerte et à faire une bonne gestion de l’environnement. Lors des promenades, je ne peux jamais prévoir ce que les gens vont faire, surtout les enfants, qui peuvent être très imprévisibles.

Même s’il porte maintenant une muselière, la gestion demeure essentielle. Lorsqu’il réagit, il vit un stress important et je veux autant assurer la sécurité des autres que protéger son bien-être émotionnel.

Il m’a aussi appris à être patiente.

« Il y a des hauts et des bas dans la thérapie comportementale. Je dois progresser à son rythme. »

Je me suis beaucoup remise en question, surtout dans les périodes plus difficiles. Je me demandais parfois si je devais lui trouver une autre famille pour son bien-être. Je craignais aussi que la situation ne s’améliore pas et je souhaitais avoir un chien qui pouvait me suivre partout. La réactivité d’Atlas rendait cela peu probable. 

Mais je l’aimais tellement que j’ai continué à travailler avec lui. 

Ça m’a appris à ne pas céder au découragement. Mon travail a été récompensé, Atlas peut maintenant m’accompagner facilement en public.

Atlas Les pattes de espoir 5
Atlas, lors d'une séance d'entraînement

Comprendre la réalité des propriétaires de chiens réactifs

Est-ce que cette expérience a changé ta façon de voir les propriétaires qui vivent avec un chien réactif?

Ça me permet de les comprendre encore davantage.

Je sais à quel point ça peut être difficile et décourageant. Je comprends pourquoi certains propriétaires deviennent démotivés au point de songer à abandonner.

J’accueille leurs émotions sans jugement, parce que je les ai vécues moi aussi.

Pour les gens qui ne connaissent pas bien le sujet, comment définirais-tu la réactivité canine?

La réactivité, c’est une réaction disproportionnée face à un déclencheur : aboiements, grognements, charges…

Le déclencheur peut être un humain, un chien, une voiture, un écureuil… et la réaction est souvent liée à une émotion comme la peur ou la frustration.

Lorsqu’un chien réagit, il perd momentanément le contrôle de ses émotions. Il devient alors difficile de le ramener au calme sans augmenter la distance avec le déclencheur.

Qu’est-ce que les propriétaires de chiens réactifs vivent au quotidien que les autres comprennent mal?

Ils vivent énormément de hauts et de bas.

La réactivité n’est pas linéaire, et l’entraînement non plus. Certaines journées, tout semble bien aller… puis le lendemain, le chien réagit davantage.

« Ça devient lourd mentalement parce qu’on a l’impression de reculer. »

Quelles émotions vois-tu le plus souvent chez les propriétaires?

La frustration revient souvent.

Même lorsqu’ils aiment profondément leur chien, les propriétaires peuvent finir par s’épuiser face au travail constant que cela demande.

Il y a aussi beaucoup de culpabilité.

Les gens pensent facilement que c’est de leur faute ou ne comprennent pas toujours d’où vient l’émotion du chien.

Et surtout, il y a un stress constant lié à l’hypervigilance.

« Quand on vit avec un chien réactif, on doit toujours gérer l’environnement. »

L’importance de l’équilibre

Tu pratiques plusieurs activités avec Atlas : canicross, tours de fantaisie, freestyle et agilité. Qu’est-ce que ces activités vous apportent?

Ces activités renforcent énormément notre relation.

Notre lien est plus fort parce qu’on partage des moments agréables ensemble. Quand je fais des activités avec Atlas, je priorise toujours son bien-être. Je ne cherche jamais la performance ou la compétition.

Ça nous permet aussi de rester actifs physiquement tous les deux.

Et je suis toujours fière de démontrer les tours qu’il connaît!

Tu remarques que l’activité peut aider les chiens réactifs… mais qu’en faire trop peut parfois augmenter la réactivité. Pourquoi?

L’exemple que je donne souvent, c’est celui des jeunes enfants qui n’ont pas fait leur sieste.

Ils ne deviennent pas plus calmes parce qu’ils sont fatigués… au contraire, ils deviennent souvent plus irritables ou excités.

C’est la même chose chez plusieurs chiens.

Je remarque souvent qu’en fin de promenade, Atlas devient plus réactif à des choses qu’il était capable d’ignorer au début.

Certaines activités très stimulantes peuvent aussi rendre la redescente émotionnelle plus difficile.

C’est pourquoi j’aime intégrer des activités plus calmes ensuite, comme de la mastication ou un tapis de léchage.

« Il faut trouver un équilibre. »

Construire un lien de confiance

Quand on vit avec un chien réactif, le lien de confiance est essentiel. Quelles petites actions du quotidien peuvent faire une grande différence?

Atlas Les pattes de espoir 4
Noémie Richard et Atlas

La première chose, c’est d’apprendre à connaître le langage canin afin de reconnaître si notre chien est à l’aise ou non.

Respecter ses limites fait aussi une énorme différence.

Par exemple, si notre chien n’a pas envie de se faire flatter, respecter ce besoin aide énormément à développer la confiance.

Je trouve aussi important de récompenser les bons comportements au quotidien et d’offrir des moments de calme.

Par exemple, Atlas adore venir se coller dans mon lit le matin pour se faire flatter. C’est devenu notre petit moment tranquille.

« La confiance se construit graduellement, au fil du temps, par des petits gestes. »

Les sorties peuvent parfois ébranler la confiance de l’humain envers son chien. As-tu des conseils?

D’abord, il faut créer de la distance avec les déclencheurs lorsque c’est nécessaire.

J’encourage aussi les propriétaires à choisir des lieux plus calmes ou des heures moins achalandées.

Personnellement, je vais souvent marcher en forêt avec Atlas parce que je sais qu’il aime ça et que nous y croisons peu de gens.

La muselière peut également aider à diminuer le stress du propriétaire.

« Quand l’humain est plus détendu, le chien le ressent aussi. »

J’aime aussi intégrer du jeu pendant les promenades ou laisser le chien renifler autant qu’il le souhaite. Ça aide énormément plusieurs chiens à décompresser.

Et surtout : toujours avoir des gâteries sur soi!

Les erreurs les plus fréquentes

Quelles sont les erreurs les plus fréquentes chez les propriétaires de chiens réactifs?

Souvent, les gens veulent aller trop vite.

Ils veulent aider leur chien et obtenir des résultats rapidement, mais en avançant trop vite, ils risquent de mettre leur chien dans des situations trop difficiles.

Une autre erreur fréquente est de mettre de la tension sur la laisse lors des croisements.

Cette tension peut augmenter la frustration du chien et devenir un signal annonçant l’arrivée du déclencheur.

Finalement, plusieurs propriétaires interviennent seulement lorsque le chien réagit.

« Il est beaucoup plus efficace d’intervenir avant la réaction. »

Y a-t-il des mythes ou des croyances qui compliquent la vie des chiens réactifs?

Oui, plusieurs.

Par exemple, croire qu’un chien réactif est simplement mal éduqué.

C’est extrêmement culpabilisant pour les propriétaires et ce n’est pas aussi simple que ça. La réactivité peut être liée à la génétique, aux expériences vécues, aux traumatismes ou à la socialisation.

Beaucoup de gens pensent aussi qu’un chien réactif est automatiquement agressif ou “méchant”.

Pourtant, la réactivité est souvent liée à des émotions comme la peur ou la frustration.

Et malheureusement, cette vision pousse parfois les propriétaires vers des méthodes basées sur la punition, qui ne règlent pas l’émotion à la source.

Un dernier message pour les propriétaires

Si tu pouvais dire une chose aux propriétaires qui se sentent dépassés par la réactivité de leur chien, qu’aimerais-tu leur dire?

Aujourd’hui, il y a peu de gens qui savent que mon chien à une certaine réactivité avec les étrangers. Il est même fréquent que je crois des gens dans la ruequi me mentionne que mon chien est bien éduqué et c’est toujours plaisant à entendre 😊 alors tout est possible!

« N’abandonnez pas. Les efforts finissent toujours par payer, même si ça prend du temps. »

La réactivité ne définit pas nos chiens.

Il ne faut pas oublier d’avoir du plaisir avec eux et de voir autre chose que leurs difficultés.

Et surtout, il ne faut jamais hésiter à demander de l’aide.

« Ce n’est pas un signe de faiblesse. Au contraire, c’est un signe de force. »

Découvrir Les pattes de l’espoir

Noemie Richard Éducatrice canine Les pattes de espoir

Vous souhaitez en apprendre davantage sur les chiens réactifs ou obtenir de l’accompagnement pour votre compagnon?

À travers Les pattes de l’espoir, Noémie Richard offre des services d’intervention en comportement canin ainsi que des promenades adaptées aux besoins de chaque chien. Sa mission : offrir du soutien aux propriétaires de chiens qui traversent des difficultés, améliorer leur relation avec leur compagnon à quatre pattes et redonner espoir à ceux qui se sentent dépassés.

Vous pouvez suivre Noémie et découvrir son contenu éducatif ici :

Marie-Josée Damico Éducatrice canine

Marie-Josée Damico

Intervenante en comportement canin
Bien-Vivre Canin
Je suis intervenante en comportement canin en formation continue depuis 2020. Mon objectif est d’aider les chien à vivre en harmonie avec leur famille en proposant des stratégies respectueuses et bienveillantes pour chacun.

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